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Comme l’Atlantide, l’enfance est un continent englouti. En apparence il n’en subsiste rien. En apparence seulement, car si par inadvertance le regard se pose sur certains objets, les souvenirs reviennent en force et des sensations oubliées remontent à la surface par bouffées successives. Ainsi « l’œil vert » d’un antique poste de radio allumé dans la pénombre d’un grenier, le crissement d’une plume Sergent Major sur une feuille, la ronde joyeuse d’un « 45 tours » sur un Teppaz ou le goût réglisse du Coco Boer… réveillent-ils en nous bien des sensations liées à une époque aujourd’hui révolue. Alors, ne boudons pas notre plaisir. Souvenons-nous ensemble de la vie quotidienne dans les années cinquante…

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Au sommaire :
L’œil vert de la radio /« L’Hirondelle » de Saint-Etienne et le Berliet bleu /Suivre le Tour de France /Tu me copieras cent fois « Je ne dois pas manger en classe ! » /Plumes Sergent-Major contre pointes Bic /Des « chèques Tintin » au « soldat inconnu » de Mokarex /Avec Novémail c’est enfantin… /Chapeaux Primior et bouchons Préfontaines... /Des Glacières de Paris à Frigéavia... / La Talbot-Lago, la Frégate et la "2 CV"... /Le "22 à Asnières" ou "BAL(zac) 00 01" ? /Une image appelée "la Mire"... /Teppaz, transistors et... surprises-parties !
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Sur le site internet des Clionautes, fort bien fait et passionnant, qui recense et analyse de nombreux ouvrages d’Histoire, Bruno Modica vient de consacrer une note de lecture à « L’œil vert de la radio ». Et il l’a fait à l’intention des candidats au prochain concours de l’agrégation d’histoire dont une question porte sur « Culture, médias et pouvoirs, aux Etats-Unis et en Europe de 1945 à 1991 ».
En effet, après avoir lu récemment L’œil vert de la radio Bruno Modica, président de l’Association des Clionautes, a écrit : « J’ai immédiatement pensé à l’intérêt que cet ouvrage pouvait présenter pour donner un peu de vie en complément de publications bien austères, sur la question des concours en histoire contemporaine pour les agrégations d’histoire et de géographie, l’agrégation interne et le Capes » car « dans cet ouvrage qui se lit avec une incontestable jubilation (…) on retrouve les éléments de ce que l’on pourrait appeler la culture matérielle dans laquelle l’auteur de ces lignes, et quelques autres ont baigné leur enfance. (…) Il ne faut pas y voir simplement de la nostalgie, même si l’on a le droit de la cultiver, mais simplement l’intérêt de retrouver de nombreuses références. » Bruno Modica ajoute que « L’œil vert de la radio, avant que le petit écran ne s’impose, constituait incontestablement l’ouverture au monde privilégiée, même si la presse écrite restait la référence. (…) Le poste de radio servait de support aux discussions familiales (…) ce qui signifiait que l’on commentait les informations politiques, nationales, sportives et même internationales. »
Et Bruno Modica précise que « Le choix qui est fait de présenter cet ouvrage, sous l’angle de la radio, sur la Cliothèque, est le point de départ d’une réflexion qui sera poursuivie sur Clio Prépas, dans la mesure où cela s’inscrit clairement dans une réflexion que l’on peut avoir dans le cadre du concours. (…) Au-delà d’ailleurs du concours, on peut lire cet ouvrage avec beaucoup d’intérêt, d’une part en raison de la qualité de son écriture et de cette sensation douce-amère que l’on peut avoir du temps qui passe. » Enfin Bruno Modica conclut sa note sur le temps présent où « L’instantanéité au détour d’un clic de souris, la surabondance des écrans, la dispersion de l’information sous toutes ses formes, ont pu constituer une mutation culturelle majeure. Et la perception que l’on peut en avoir en ressort forcément enrichie par ce regard dans le rétroviseur. »
Rappelons que dans L’œil vert de la radio on trouve aussi des passages sur l’arrivée progressive de la télévision dans les cafés, les lieux publics puis dans les familles, de la radio chez les routiers, et dans le dernier chapitre de l’irruption des postes à transistors et avec eux des musiques anglaises ou américaines au début des années soixante. Un moyen ludique de préparer les concours…
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Au moment de la sortie de ce livre, aussitôt après l’avoir lu, un jeune journaliste, manifestement intéressé mais étonné par son contenu, a écrit dans un magazine Versaillais : «Gilles Ragache nous dresse le portrait d’une France qui n’existe plus ! ». Voilà qui suscita chez moi une vive interrogation car, faisant tout simplement appel à mes souvenirs, je n’avais pas écrit « L’œil vert de la radio » dans cet esprit. Ce monde des années 1950 est-il donc si éloigné que cela du monde d’aujourd’hui ? A la réflexion, il semble bien que oui car le livre dépeint effectivement un univers qui, dans bien des domaines, a beaucoup évolué. Ou tout simplement disparu…
Il se trouve aussi, dans un autre registre, que Jean Fourastié, un économiste des années 1980, a péremptoirement défini les trois décennies de 1945 à 1975 comme les « Trente glorieuses » ce qui les opposerait aux suivantes qui auraient été beaucoup plus difficiles à vivre pour les Français. Il a ainsi développé la théorie, en fait discutable mais aujourd’hui reprise par bien des chroniqueurs, que la France aurait connu trente ans de prospérité ininterrompue soutenue par une formidable de croissance économique. Lui et ses disciples ont ainsi instillé, volontairement ou non, l’idée sous-jacente que cette époque aurait apporté aux Français une aisance et une facilité dans leur vie quotidienne aujourd’hui disparues. Idée souvent reliée à l’affirmation fallacieuse que la génération née juste après la guerre, dite du « baby boom », serait une génération de « nantis », élevés dans l’abondance d’une société de consommation à l’américaine. Une génération qui n’aurait manqué de rien selon « les indicateurs économiques » de Fourastié.
Or c’est difficile à admettre sans broncher car, pour les dix premières années au moins, celles de ma prime jeunesse, c’est même une pure imposture et pour les gamins des milieux populaires, de loin les plus nombreux, c’est absolument faux. En effet la période de 1945 à 1955 fut au contraire matériellement difficile...
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« Comme l’Atlantide, l’enfance est un continent englouti. En apparence il n’en subsiste rien. En apparence seulement, car si par inadvertance le regard se pose sur certains objets, les souvenirs reviennent en force. » ai-je écrit en préambule de « L’oeil vert de la radio ».1 Et ce principe s’applique à bien des objets aujourd’hui oubliés. Ainsi la découverte d’une série de figurines Mokarex au fond d’un tiroir évoque-t-elle immédiatement pour beaucoup d’hommes de ma génération (celle des « gamins Doisneau » de l’après-guerre) des souvenirs de collections, d’échanges, de parties de billes acharnées lors de la récréation et même de séances de peinture plus ou moins heureuses… Car on pouvait peindre - ou tenter de peindre ! - ces figurines grises ou dorées, enfouies sous les grains odorants du café Mokarex. Pendant deux décennies, elles ont connu un succès considérable, succès qui ne se dément pas de nos jours car des collectionneurs y sont toujours attentifs. Depuis la sortie de « L’œil vert de la radio » dans lequel j’évoque les « Mokarex », des lecteurs m’ont demandé ce que je savais exactement à leur sujet :
Par qui et quand a été créée cette marque de café devenue légendaire ? Combien de figurines a-t-elle émises ? Et qui étaient donc les artistes (car il s’agit bien d’artistes !) qui les ont réalisées ? Comment étaient organisés les concours de peinture qui ont rencontré un engouement certain ?
Autant de questions auxquelles je vais essayer de répondre.
Naissance d’une grande marque
La « Société Nouvelle des Torréfacteurs et Mokarex réunis » a été créée en 1946 par Maurice Moire qui en était le Directeur général et le gérant. Elle s’installe à Epinay-sur-Seine au 101 avenue Jean Jaurès en réutilisant d’anciens locaux qui avaient appartenu à la « Laiterie des Fermiers Réunis ». Ces bâtiments qui comportaient de vastes écuries furent peu à peu transformés pour y stocker et torréfier le café. Son essor eut lieu dans les années 1950 au cours desquelles elle devint une SARL prospère au capital de 50 000 000 d’anciens francs. Les usines Mokarex, sont modernisées, profondément restructurées puis agrandies en 1956 sur d’anciens terrains maraîchers. Dès lors, elles fonctionnent à plein sous l’œil vigilant de son patron qui vient tous les jours (ou presque) sur place veiller à la bonne marche de l’ensemble et livrent plus de 20 tonnes de marchandise par jour.
Vaste et fonctionnel, l’établissement avait le souci d’intégrer toutes les étapes de la production à la commercialisation dans ces locaux modernes où l’on assurait le secrétariat, le stockage du café, sa torréfaction et le conditionnement en paquets multicolores imprimés sur place. Cette firme dynamique, aux activités diversifiées, commercialisait aussi du « Thé de Ceylan », du café moulu pour percolateurs de bars (« Percorex »), de l’orge torréfiée («Orgerex »), du chocolat à croquer (« Chocorex »), le café « Tangore » et à partir de 1957 du café soluble(« Mokasolub »). Elle s’approvisionnait directement auprès de planteurs des Antilles (Cuba, Haïti…), d’Amérique Centrale (Honduras, Costa-Rica, Guatémala, Salvador…) et d’Amérique du Sud (Colombie, Equateur…). Les sacs de grains parvenaient au Havre bord de gros cargos puis étaient acheminés jusqu’à Epinay-sur-Seine pour la torréfaction.
« La fine fleur des cafés du Monde : Mokarex ! »
Hormis cet indéniable sérieux de spécialiste d’un café de qualité, c’est aussi grâce à un très grand sens de la publicité que Mokarex est devenue au cours des années 50 et 60 une des plus célèbres marques de l’époque. En effet, au cours de son histoire, Mokarex a généré un matériel publicitaire abondant et de grande qualité.
Au début des années 1950, le service commercial mit à la disposition de ses revendeurs (des épiceries de quartier ou de village et des boulangeries) une plaque métallique réalisée par l’Emaillerie Alsacienne de Strasbourg. Cette enseigne murale aux couleurs de la marque signalait aux passants la présence du café Mokarex, à la manière de ce que faisaient à l’époque les grandes marques de vins, d’automobiles ou de produits alimentaires. Une affiche murale vantant « La fine fleur des cafés du Monde : Mokarex » fut aussi placardée sur de nombreux murs de France tandis que des buvards illustrés étaient largement distribués aux écoliers. L’un d’entre eux affirmait « Mokarex : La sélection des meilleurs cafés du monde » ce qui ne pêchait pas par modestie… Un autre représentait l’usine Mokarex d’Epinay en insistant sur sa modernité et en la présentant comme « L’usine de torréfaction la plus moderne d’Europe ! ». Dans les écoles, des protège-cahiers sur le thème « Voilà d’où viennent nos cafés ! » insistaient sur Cuba, la Colombie et l’Amérique centrale.
La marque avait donc choisi de s’adresser aux enfants comme aux adultes, ce qui semblait logique à une époque où le « café-au-lait » du matin concurrençait fortement le Banania… Jeux de cartes, porte-clefs (dont un dédié à « Saint Christophe », le patron des automobilistes), pochettes d’allumettes, cendriers... complétaient cet ensemble publicitaire, faisant ainsi largement connaître la marque. Pourtant le succès fulgurant de Mokarex viendra surtout d’une idée géniale : glisser une petite figurine en plastique, gratuite, dans chaque paquet de café. Ces figurines en ronde-bosse que, dès lors, tous les gamins appelleront des « soldats Mokarex » puis tout simplement, des « mokarex » ce qui, comme « frigidaire » ou « klaxon », les hissaient au rang prestigieux de nom commun ! Une belle réussite pour une marque aussi récente…
Les premiers « Mokarex » : « Trop raides, trop petits, trop légers… »
A partir de 1953, Mokarex diffusa ses premières figurines « plates » (en fait en demi ronde-bosse) de 4,5 cm de haut, en plastique gris, représentant des soldats français à travers les âges. On trouvait ainsi des Gaulois, des personnages de l’Histoire de France et ceux issus des « Trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas. Ont suivi des soldats de « L’épopée napoléonienne ».L’accueil de ces premières séries par le public fut poli et plutôt de sympathie mais sans enthousiasme particulier car du point de vue des gamins ces « soldats » ne tenaient pas facilement debout sur le sol cabossé des cours de récréation en raison de leur légèreté et de leur socle trop étroit. De plus ils semblaient « raides », petits et trop légers, voire fragiles, par rapport aux classiques « soldats de plomb » et surtout à nos Starlux en plastique, bariolés et plus réalistes. Donc un premier succès mitigé...
Tout changea avec l’apparition de séries nettement plus grandes (6 à 7 cm de haut), très détaillées et réalisées en ronde-bosse. Minutieusement conçues ces figurines ressemblaient à de petites statues. Impression renforcée par l’utilisation d’un plastique gris ou doré évoquant le bronze et le métal. Cette fois la prise en main devenait facile, le socle beaucoup plus large leur donnait une bonne stabilité qui permettait de les poser sur une étagère ou de les jouer aux billes comme cible en positionnant le tireur plus ou moins loin en fonction de la valeur supposée du personnage. Et leur taille les mettait enfin sur un pied d’égalité avec nos soldats traditionnels. Cette fois le succès fut « franc et massif » non seulement auprès des gamins que nous étions mais aussi de bien des adultes qui se mirent eux-aussi à les collectionner puis à les peindre.
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